Interview

Interview / Sho’r Èzé : « La vie idéale, pour moi, ce serait de faire du basket et du rap chaque jour que dieu fait que je sois entouré des personnes que j’aime. »

Cette interview a été réalisée en 2013 lors de la sortie du premier album « In Extremis » du rappeur Sho’r Èzé  : je la reposte aujourd’hui pour les personnes qui ne l’avaient pas lu auparavant lors de sa publication sur le blog.

J’avais des rêves plein les poches, elles sont l’air troué. 

On peut pas dire que ma vie soit moche, mais c’est pas celle que je voulais.

Sho’r Èzé 

Sho’r Èzé est un rappeur et graphiste Français exilé à l’île de La Réunion. Il dévoile dans  l’interview qu’il a accepté d’accorder a Rapologique des informations sur la création de son premier album, In Extremis, qu’il a enregistré pendant ses nombreux allers-retours entre Paris et La Réunion.

1.J’aimerais que vous vous présenter et que vous nous décrivez votre parcours dans le milieu du hip-hop.

Je m’appelle Sho’r Èzé, j’ai 32 ans et je suis MC et graphiste. J’ai commencé à rapper à la fin des années 90 à Gonesse1 — 95. Puis, quelques années ont passé : j’ai créé avec Arkixe le groupe « In Extremis », nous avons sorti notre premier projet intitulé « En Silence » en 2013. Ensuite, on a sorti quelques mixtapes, participé à des concerts, et collaborer sur divers projets pour arriver à la préparation de mon premier album solo.

Courverture du livret du premier album de Shor Eze sortie en 2013 (1)

Portrait du rappeur Sho’r Èzé

2. Aujourd’hui, vous sortez votre premier album, parlez-nous de son concept et des différentes personnes qui y ont participé.

C’est un album assez introspectif qui retrace à travers 15 titres mes dix dernières années. Dans mes chansons, je parle de rap, de hip-hop, mais aussi de mes rencontres, de mes amours et de mes amies. On peut le voir comme un aller-retour entre Paris et la Réunion, puisque l’écriture du projet s’est faite entre ces deux destinations. Sur ce projet, vous pouvez retrouver des artistes parisiens, tels que : Arkixe, Cyanure, Foster, Kipetchi… Et également des Réunionnais : Don Korto — Beatmaker —, Sergio Grondin, Nono — Kiltir. Le disque a été enregistré par David de Rec Disc Studio et masterisé par Damien Pitras à Paris. Ensuite, j’ai également travaillé avec l’illustrateur Matt, et le photographe David Lemor pour la réalisation de la couverture.

 On a tous un taf, des passions, même un peu d’amour.

Amer, on les tous : qui ne sait pas fait trahir ?

Qui n’a jamais trahi ?

Qui ne sait jamais fait trahir ?

Déclin d’œil

3.Le premier clip  qui a  été réalisé par la boite de production réunionnaise Pixel Dealer s’intitule, Exercice de Com. Vous faites  dans celui-ci une critique du milieu du hip-hop, nous aimerions en savoir un peu plus sur le concept du morceau.

Ce morceau n’est pas vraiment une critique du milieu du hip-hop. Mais plutôt, comme le titre l’indique, un exercice de communication. Je m’amuse en reprenant les codes du Clash en titillant certains artistes… En mettant parfois l’accent sur leur propre contradiction. Le clip a été tourné à l’île de La Réunion, plus précisément à Saint-Pierre. Il raconte la traque d’un animateur de la radio française Skyrock.

Faire un come-back comme Disiz avec les couilles et le cœur

puis faire un feat avec deux mômes pour remplir le frigo.

 Excercice de com

Dans le morceau « C’est pas une vie » en featuring avec les rappeurs Kipetchi et Arkixe. Vous parlez de la vie et du monde du travail. Selon vous, quelle serait la vie idéale ? Et quel est le message que vous voulez faire passer avec ce titre ?

La vie idéale pour moi, ce serait de faire du basket et du rap, chaque jour que Dieu fait que je sois entouré des personnes que j’aime. Avec bien sûr, un KFC pour finir la journée!!! Je ne cherche pas à faire passer des messages en particulier, c’est juste un partage de vécu. J’explique pourquoi un jour j’ai décidé de prendre mes distances avec la vie parisienne pour venir vivre à l’île de La Réunion.

 Différent, pas comme vous, j’ai finis par faire comme les autres.

 C’est fou comme les soucis tirent les traits et forges les hommes :

 je m’entends encore avec mes fucks vos normes et vos codes.

 Le doigt dans l’œil et les promesses dans un bain […]

Chicago / Montréal 

4.Le titre « Kaz dépar » est un prélude au morceau « Case départ »,  pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Sergio Grondin et quelles sont ses qualités qui vous a poussé à l’inviter sur votre album ?

Sergio Grondin m’a été présenté par le beatmaker Don Korto. Je ne connaissais pas son travail artistique, mais nous avons sympathisé, il a un gros background hip-hop et la collaboration s’est faite naturellement… Il signe l’un des plus beaux textes de l’album.

5.En écoutant « Peine perdue », on ressent le côté défaitiste d’avancer en groupe dans le milieu du hip-hop. Selon vous, quels sont les problèmes qui poussent les membres d’un groupe à se séparer ?

Il peut y avoir différentes raisons, des conflits d’intérêts qui naissent, des divergences artistiques… Dans mon cas, je suis assez fier d’avoir toujours les mêmes amis qu’il y a 10 ans. La musique ne nous a pas séparés, quand tu vois que même des groupes comme IAM n’a pas été à l’abri de ce genre de mésaventures…

6.Pour la fin de cette interview, j’aimerais que vous nous  décriviez votre album en 5 mots ?

  1. NOSTALGIE
  2. SILENCE
  3. RAP FRANÇAIS
  4. SAMUEL
  5. GONESSE

7.Merci d’avoir accordé cette interview à Rapologique.

Merci à toi.

 

Interview / Don Korto  : « L’ingrédient principal pour faire un bon beat, c’est un bon sample : il est important à cette étape d’avoir une bonne culture musicale. »

En complément de l’interview de Sho’r Èzé, je vous propose une entrevue avec le sympathique beatmaker réunionnais Don Korto qui a produit six instrumentaux sur le projet In Extremis. Il nous raconte sa rencontre avec le rappeur, sa manière de créer ses beats… Et bien d’autres informations croustillantes qui sont à découvrir dans l’interview d’un passionné de beatmaking !

1.Pouvez-vous vous présenter aux lectrices et lecteurs du blog de Rapologique ?

Je m’appelle Don Korto2, je suis Beatmaker du dimanche et j’essaye de pratiquer un Hip-Hop sale et bancal, fidèle à l’esprit du mouvement.

Portrait du beatmaker réunionnais Don Korto

Portrait du beatmaker Don Korto

2.Dans le milieu du beatmaking, quel a été votre parcours ?

Tout d’abord, j’ai été auditeur de rap dès le début des années 90 et l’année suivante, j’ai commencé à écouter différents genres musicaux. Ensuite, j’ai eu ma première guitare à 20 ans et mon premier ordinateur au début des années 2000. Puis, j’ai commencé à créer mes premiers beats pour quelques Mc de Tours avec le logiciel Sample Creator. En 2002, je suis arrivé à La Réunion et j’ai connu quelques années difficiles sans musique. J’ai repris en 2007 après avoir rencontré Don J et Tyz du groupe MLK. Puis, j’ai fait ma première apparition discographique cette même année sur le dernier  album du groupe Kozman Ti Kolon. J’ai continué à travailler avec eux sur les deux albums Sentyé Lyrical  — 2010 — et Réyoné — 2012 — du Kolektif Sud. Plus récemment, j’ai bossé sur l’album de Première Ligne et celui de Sho’r Èzè qui sont sortis cette année.

« Quand je reçois un morceau fini la première chose que j’écoute

et que j’analyse c’est le texte,

c’est comme ça que j’ai appris à connaître le bonhomme. »

Don Korto

3.Quel est le logiciel que vous utilisez pour la conception de vos instrumentaux ?

Je travaille actuellement sur le logiciel Reason3 et uniquement sur PC.

4.Selon vous, quelles sont les qualités requises pour devenir un beatmaker ?

Pour moi, l’essentiel est de bien connaître différentes musiques dans leur diversité, être curieux et savoir entendre sont des qualités à avoir. Le reste, c’est de pratiquer.

« L’ingrédient principal, c’est un bon sample :

 il est important à cette étape d’avoir une bonne culture musicale .»

Don Korto

5.Vous avez réalisé six instrumentales sur l’album In Extremis de Sho’r Èzé. Comment s’est faite la collaboration entre vous deux ?

Je l’ai contacté après avoir visionné le teaser qui annonçait l’album. Je suis tombé sur le cul, je regarde à plusieurs reprises pour être sûr que c’est bien un mec de La Réunion qui fait cela. Je lui envoie un message et des beats, et ensuite on se rencontre et il choisit l’instrumental du morceau Case Départ.

6.En écoutant le master final « d’Exercice de Com », quelle a été votre réaction ?

Quand je reçois un morceau fini, la première chose que j’écoute et que j’analyse, c’est le texte : c’est comme ça que j’ai appris à connaître le bonhomme. Dans ce morceau, j’ai apprécié son intelligence maligne, je trouve que la chanson est efficace et drôle dans son second degré. Je me reconnais dans sa manière d’analyser le mouvement avec de la distance: notre éloignement géographique y est peut-être pour quelque chose.

« Honnêtement, après avoir écouté le teaser sur un instrumental du beatmaker, Sebmaestria, je ne me sentais pas vraiment en confiance parce qu’il est très bon, il sonne très New-Yorkais […]. »

Don Korto

7.En écoutant vos instrumentaux, nous ressentons un côté groovy et musical très prononcé. Selon vous, quels sont les différents ingrédients pour réaliser un bon beat ?

L’ingrédient principal pour faire un bon beat, c’est un bon sample : il est important à cette étape d’avoir une bonne culture musicale. Ensuite, il y a l’étape de la découpe et le séquençage du sample : c’est la façon de rejouer avec le sample qui va influencer sur le groove du beat. J’essaye toujours que mes séquences fassent « bouger la tête », avant même d’y ajouter un beat. Et la batterie me sert à renforcer mes séquences.

8.Avec du recul, j’aimerais avoir votre avis sur la qualité des instrumentaux de l’album de Sho’r È ? 

Honnêtement, après avoir écouté le teaser sur un instrumental du beatmaker Sebmaestria, je ne me sentais pas vraiment en confiance. Parce qu’il est très bon, il sonne très New-Yorkais, je ne croyais pas que je pourrais intégrer le projet. Ses autres productions sur l’album, In Extremis, sont toutes dingues. Pouvoir bosser sur ce disque m’a fait progresser, merci Sho’r.

9.J’ai cru comprendre que vous travaillez actuellement sur un projet, pouvez-vous me donner des infos à ce sujet ?

Actuellement, je travaille pour Skapel du groupe Première Ligne qui enregistre son premier solo qui devrait sortir avant la fin de l’année.

Propos recueillis par Tony de Rapologique 

Notes :

1.Gonesse est une commune française située dans le département du Val D’oise en région d’île de France. Les habitants sont appelés les Gonessiens. (source : Wikipédia)

2.Les productions du beatmaker est à découvrir sur sa page Soundcloud ou sur sa page Facebook.

3. Reason est un logiciel de musique assisté par ordinateur (MAO) destiné au professionnel.

 

 

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2 réponses »

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

    • Bonjour Angelilie, merci pour vos compliments à propos de mon blog ça me fait plaisir que les articles que je propose vous plaisent. J’irai jeter un coup d’oeil à votre blog pour découvrir votre univers.

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