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Je suis tout près, le court-métrage du réalisateur Raphaël K

Le jeune réalisateur Raphaël K se définit comme un cinéphage obsessionnel, gamer acharné et un monteur de profession. La mise en scène est pour lui la plus belle et puissante forme que l’on puisse donner à une histoire. C’est ce qu’on peut lire de sa biographie accompagnant son court-métrage de genre horrifique, intitulé « Je suis tout près ». Le pitch de l’œuvre est :

La mère d’Elise et François vient de mourir. Attristés, ils vont tenter le tout pour le tout afin de la revoir une dernière fois…

Son court-métrage est en compétition depuis le 23 décembre 2015 au Nikon Film Festival. Il l’a réalisé en hommage au jeu vidéo Silent Hills PT du game designer Hideo Kojima (Kojima Productions) et du réalisateur Guillermo Del Toro. Il s’est inspiré du jeu qu’il définit comme prophétique en reprenant ses techniques de direction photographique et de sound design. D’ailleurs, il explique, dans une réponse à un critique qui jugeait que son court utilisait des procédés trop faciles, que pour lui le son de Silent Hills est tout sauf cliché :

« Déjà, le son de PT SILENT HILLS est tout sauf cliché pour moi car il a réinventé énormément de choses dont le jump scare différé (le son arrive après l’image), les tonalités très numériques quasi injustifiées mais cohérentes ou le sound design de choses aussi bêtes que les lampes allumées (qui en s’éteignant font arriver un silence de plus en plus présent), etc. » (Sic) (Source : réponse du réalisateur)

Silent_Hills_PT_de_Kojima_Productions

Lisa de Silent Hills PT de Kojima Productions

Le court-métrage est réalisé en plan-séquence de 2 minutes 20, son originalité c’est qu’il est réalisé avec une caméra qui effectue une rotation circulaire de 360° degré sur elle-même. Ce qui permet de donner un rythme intéressant lorsque les personnages sont stressés. La fin prend le spectateur à contre-pied, là où vous attendez à un… le réalisateur prend le risque de contourner les clichés du genre. En plus, par rapport à la caméra tournoyante, il donne des informations sur les metteurs en scène qui l’ont inspiré :

« Pour revenir à nos moutons… Je suis un amoureux de THE MASTER de Paul Thomas Anderson qui fait les plans les plus carrés et stables au monde, mais je suis aussi un amoureux de TIRADOR de Brillante Mendoza ou la caméra se plante partout, va partout, bouge sans cesse, presque jusqu’à la nausée. Pourquoi ? A chaque sujet, sa mise en scène. TIRADOR raconte la vie de gens qui passent leur vie à courir, pour voler, pour survivre et en chient. Et bien cette caméra m’a fait vivre cette vie terrible. La caméra ne sert pas à montrer, elle sert à faire vivre. Et ce que je veux faire vivre peut filer le tournis, donc finalement c’est presque un compliment ! (presque parce que l’on pourrait foutre le tournis complètement gratuitement si on le désirait…). » (Sic) (Source : réponse du réalisateur)

Je suis tout près est à voir en étant équipé d’un casque audio de préférence. Le mixage sonore a été réalisé pour conserver un son typé « cinéma ». Le réalisateur s’explique sur ce choix :

« Pour le son, c’est plus une question de technique que de choix. Nous avons voulu conserver un son au mixage « cinéma »; donc c’est forcément mieux au casque puisque le travail est pour le coup amoindri et impossible à pleinement apprécier avec le son d’un ordinateur (qui est très mauvais en dynamique).Je ne voulais pas faire de compromis et mettre des sons de telle manière à ce que ce soit juste plus audible sur un ordinateur, c’est un choix périlleux, mais que je préfère. Au moins, au lieu de n’entendre jamais notre désir initial quel que soit le moyen, il y en a pas lequel on entend exactement ce que l’on voulait que vous entendiez. » (Sic) (Source : réponse du réalisateur)

La direction photographique a été assurée par la chef opératrice Laure Cornet. Le parti pris d’opposer une lumière de couleur violette (froide pour la mère) à une couleur orange (chaude pour les enfants) permet de différencier la partie rêve et le réel. D’ailleurs, vous pouvez constater cette seconde séparation lorsque la caméra tourne à droite. Il y a deux lampes de chevet avec des couleurs opposées. Par rapport aux choix de la direction photographique, un internaute avait donné son avis :

« Tout dans la technique, dans le « beau », plus rien dans la sincérité, l’émotion. La lumière est surfaite… donc j’y crois pas donc j’ai pas eu peur, aussi parce que je n’ai pas été surpris (scénario déjà vu)… c’est ennuyant pour de l’horreur. Mais l’idée de base, le tournoiement, est génial! C’est simple, efficace. La simplicité il n’y a que ça de vrai! » (Sic) (Source : commentaire de Thomas G)

Le réalisateur a pris la peine de le répondre, en expliquant la symbolique de la lumière et son utilisation :

« Je ne saisis pas bien ta remarque sur la technique. En effet, nous avons fait en sorte d’etre cleans sur tous les aspects, mais quand on en a la possibilité, c’est presque une obligation. Mais… Je ne comprends pas ton rapprochement à l’émotion. La technique sert des partis pris et les partis pris servent l’emotion. On choisit un objectif specifique pour donner une image specifique qui donnera une emotion. Donc ce sont les partis pris que tu devrais viser, pas la technique même. C’est comme si tu nous repprochais de n’avoir pris qu’une belle caméra et d’avoir filmé dans le vide…Pour la lumière « surfaite », je ne comprends pas trop non plus, tant la lumière est en soi très simple. Elle a une personnalité, c’est certain; mais c’est aussi le but d’une lumière, d’avoir une stylistique. La stylistique peut être décalée du sujet, c’est certain mais je pense qu’elle est cohérente avec l’histoire. Je peux comprendre que son irréalisme peut deplaire mais elle n’est pas faite juste pour etre jolie. Deja il est tres compliqué d’eclairer un plan qui couvre tout le decor car il n’y a qu’une possibilité, les accrocher au plafond (ou jouer des lumières diegetiques), c’est donc tres complexe, et avec peu de moyens (comme les notres), ça l’est encore plus.

 Passée l’excuse, la lumiere met les enfants dans une bulle. Beaucoup de lumière sur eux, peu autour. C’est pour signifier leur solitude, le vide autour d’eux. On a donné un aspect chaud pour donner de la tendresse. Dans le couloir, la lumiere est claire au fond et s’ estompe de plus en plus tout en laissant un trace au sol. Ce n’est pas non plus juste pour faire joli, c’est pour jouer le contre jour sur la silhouette, donner un aspect inquietant, faire en sorte que la forme reste abstraite et que l’on remarque son evolution dans l’espace tout en la rendant de plus en plus inquietante ! Et le bleu donne evidemment un aspect tres froid qui contraste avec les enfants. Et a la fin, le fantome a rejoint la lumiere chaude donc est autre… Si j’ai opté pour une lumière irrealiste (terme toujours drôle car la lumière d’un film n’est jamais realiste, car meme en tournant en lumière naturelle, on etalonne ensuite. Bref), c’est tout d’abord parce que j’ai un amour fou pour le cinema des annees 80-90, que le film est un hommage a un jeu video qui emprunte le meme genre de lumiere, et c’est aussi justement pour me concentrer sur l’intention de recit, plus raconter et ne pas juste accompagner.

Après, on a le droit de pas aimer, c’est certain, mais la qualifier de surfaite, dont de superficielle au final, cela m’étonne un peu et surtout me froisse tant on l’a pensée pour le recit et l’emotion avant tout esthetisme. Pour ce qui est de la surprise et du déjà vu, je n’ai jamais pretendu faire quelque chose d’original tout d’abord et, au contraire, si il y a bien un genre ou on se repete souvent, c’est l’horreur ! Les films se distinguent par les partis pris de mise en scène ! Prenons L’EXORCISME D’EMILY ROSE de Derrickson et L’EXORCISTE de Fridekin : même postulat de départ, mais approche différente, mise en scène différente donc propos différent Nous nous avons la camera qui tourne et que tu sembles avoir apprécié ! Nous n’avons pas mis de musique, nous jouons sur un son permanent qui se deforme, etc. De plus, je te trouve assez injuste car nous avons aussi joué sur l’attente d’un jump scare, qui est un classique lourdingue en horreur, pour finalement apporter autre chose, nous avons tenté d’aller de l’horreur à la tendresse ! Tout autre film aurait fait un gros « bouh ». Et la ou je vous trouve injuste c’est que tout le monde ou me reproche la fin sans jump scare, ou me remercie pour. C’est que ça fait reagir, donc que ce n’est pas habituel. Tout comme l’absence de musique. Bref.

Pour le deja vu de l’histoire, je serais curieux que vous me donniez des titres de film, parce qu’en ayant écumé beaucoup de films d’horreurs, je ne vois pas tant que ca des films sur des enfants en deuil retrouvant le fantôme de leur mère ! 2 SOEURS de Kim Jee Woon parle de culpabilité et elles ne convoquent pas de fantômes, dans SIXIEME SENS il ne cherche pas le contact et le film de tout à fait autre chose de même, INSIDIOUS ce sont les fantomes qui veulent prendre possession de son âme et ça ne raconte aussi pas la meme chose… Peut être MAMA ! C’est le seul film qui pourrait se rapprocher du mien mais je n’ai pas trop aimé ce film, de plus les enfants ont un contact immédiat et naturel avec le fantôme et ça ne parle pas de deuil ou de manque, mais de la difficulté des liens d’enfants avec des parents non biologiques… Mais je serais curieux d’en voir si tu as d’autres idées de déjà vu ! De plus, pour ce qui est de la sincérité, peut être ne l’as tu pas ressenti, soite ! Mais je peux t’assurer que tout le film est pensé pour être sensitif et que ce que raconte le film me touche très très personnellement; et que non je n’ai pas voulu juste faire un film « beau », très très loin de là… »(Sic) (Source : commentaire du réalisateur)

Je_suis_tout_près_de_Raphaël_K-9

Le réalisateur s’est inspiré de l’éclairage de Silent Hills PT (image de droite)

Pour conclure, Je suis tout près de Raphaël K a des atouts de mise en scène très intéressants. Il emprunte beaucoup à Silent Hills PT sans aller dans le copiage pur et dur. Il fait partis des œuvres comme Alison Road qui sont héritière du jeu mort-né de Kojima Productions.

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