Interview

Interview | Kimy Alvarez : « Un(e) modèle ce n’est pas qu’un corps qui pose et qu’on expose. Il y a toute une sensibilité à retransmettre… »

Kimy Alvarez est une étudiante réunionnaise de l’Institut de l’image de l’océan Indien. Elle est passionnée par la photographie depuis qu’elle a reçue en cadeau pour ses 19 ans un appareil photo de marque Fujifilm Finepix. Aujourd’hui, du haut de ses 22 ans, elle nous accorde la toute première interview qu’elle donne à un média : elle revient, entre autres, sur ses débuts dans la photographie, nous donne sa vision par rapport à l’exploitation de l’image de la femme dans la publicité, et nous explique comment elle a pu collaborer avec la marque Pardon. C’est un plaisir, pour moi, de vous faire découvrir l’univers artistique de cette jeune photographe qui m’a plu au fur et à mesure que j’ai découvert ses clichées.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique

La photographe Kimy Alvarez

1.Peux-tu te présenter aux lectrices et lecteurs du blog Rapologique ?

Je m’appelle Kimy Alvarez, j’ai 22 ans et j’habite à l’île de la Réunion. Actuellement, je suis étudiante en Master 2 à l’Institut de l’Image de l’Océan Indien(1).

2.Qu’est-ce qui t’a amené à entrer dans l’univers de la photographie ?

J’avais reçu un bridge pour mes 19 ans : un Fujifilm Finepix. C’est grâce à ce cadeau que je me suis intéressée à la photographie.

3.Comment as-tu appris la photographie ?

Je suis autodidacte et j’ai passé beaucoup de temps sur des sites, des forums, mais la meilleure façon de progresser c’est la pratique. Personne ne s’intéresse à la photographie dans mon entourage proche, c’est donc seule que j’ai dû m’initier.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique-2013

« J’aime laisser les gens pensifs,

que la photo puisse susciter une émotion enfouie… »

4.Quel matériel utilises-tu et pourquoi avoir choisi cela ?

J’ai un Canon 40D et un 50mm F1.8. Je voulais passer au reflex, et en 2011, j’ai eu la chance de trouver mon appareil via une annonce sur leboncoin. J’utilise rarement le réflecteur, vu que je n’en ai toujours pas acheté (rires). Concernant mon choix, et bain, je n’en ai pas vraiment eu – financièrement je ne peux pas viser plus haut. Aujourd’hui je ressens les limites de mon matériel mais je fais avec ce que j’ai.

5.Tu sembles baser tes photographies sur la lumière naturelle, peux-tu nous expliquer comment tu procèdes lors de tes shootings ?

Généralement, je choisis des heures où le soleil commence à devenir plus doux. Ici, il faut s’accommoder avec les saisons pour trouver sa bonne lumière. L’ouverture de mon objectif est souvent à F2.5. J’aime la nature et les grands espaces, je fais rarement des shoots en milieu citadin, je m’y sens trop confinée et limitée.

6.Peux-tu nous donner quelques notions sur la gestion de la lumière naturelle ?

Comme je le disais précédemment, mon objectif est souvent réglé à F.1.8/ 2.5 – j’apprécie énormément les bokehs. Je réalise des prises tests avec le modèle pour savoir généralement si ma lumière est harmonieuse et si on peut passer aux choses sérieuses.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique-2013

« Je me considère moi-même comme amatrice,

vu que ce n’est pas mon métier à plein temps… »

7.Comment décrirais-tu le style de tes photographies ?

Je ne saurais pas le décrire, je ne me suis jamais posée la question en fait. C’est plutôt ceux et celles qui ont pu voir mon travail qui peuvent le dire. Cependant, j’ai souvent entendu les termes : bohème, romantique, vintage, douceur pour les qualifier.

8.En regardant tes photos, je vois que tu sembles être influencée par la photographie de mode. Quel est le ou la photographe qui t’a le plus influencée pour tes photos ?

Il n’y en a pas qu’un. Je suis une grande fan de Patrick Demarchelier, Vincent Peters, Mathieu Belin ou encore Annie Leibovitz. Ils ont tous une gestion de la lumière, un soin de l’esthétisme et un traitement de l’image que je trouve totalement fascinants !

9.Quelles sont les émotions que tu aimes faire passer avec tes photos auprès des personnes qui les consultent ?

J’aime laisser les gens pensifs, que la photo puisse susciter une émotion enfouie, ou encore qu’ils soient surpris par la générosité d’un cliché sur le plan émotionnel.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique-2013

« Je suis heureuse d’avoir pu vivre cette expérience,

j’ai pu faire de belles rencontres. »

10.Tu vis à la Réunion et de nos jours c’est difficile de vivre de la photographie. Selon toi qu’est-ce qui différencie ton travail par rapport aux autres photographes de l’île ?

Je ne vis pas de la photographie. J’aimerais bien, l’idéal serait de faire de sa passion son métier. Je pense que chaque travail photographique est différent d’un individu à l’autre. On a tous un regard singulier sur ce qui nous entoure.

11.Il y a énormément de photographes amateurs à la Réunion, quel regard portes-tu sur la scène locale amateur et professionnelle de la photographie sur notre île ?

Je me considère moi-même comme amatrice, vu que ce n’est pas mon métier à plein temps. Je suis contente de voir qu’autant de personnes s’intéressent aujourd’hui à la photographie à la Réunion. Par contre, je reste sceptique sur les motivations et les intentions qui peuvent pousser quelques-uns à s’y mettre.

12.Tu as collaboré avec la marque de vêtements Pardon, peux-tu nous en dire plus sur cette collaboration ?

J’ai eu la surprise de recevoir un mail du directeur de création de Pardon pour une collaboration. Ils ont découvert mon site via les photos qu’une de mes modèles leur avait fourni. Ils m’ont demandé de contribuer en tant que photographe à la rubrique P!Girls(2). Je suis heureuse d’avoir pu vivre cette expérience, j’ai pu faire de belles rencontres.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique-2013

« Aujourd’hui Instagram peut être considéré comme un projet 365,

et là j’avoue que c’est beaucoup plus simple à faire! »

13.D’ailleurs quelles sont les différentes collaborations que tu as pu faire en tant que photographe ?

J’ai eu la chance de travailler avec Coven Garden, Le Clampin, Solis, Picca Lili et Le Vestiaire.

14.En consultant ta page Facebook, j’ai vu que dans tes photos, il y a avait une partie 365 project. Peux-tu nous parler de ce projet et des difficultés que tu as eues pour le finaliser ?

Oui, le fameux projet 365. Sur Flickr ce projet est très récurrent et connu. Un projet 365 c’est quoi ? C’est une photo par jour sur un an. J’ai dû tenir 1 mois voire moins. Je m’étais lancée ce défi avec une amie proche, Lawdi, on devait se motiver pour y arriver ; mais on se laisse vite gagner par la routine. Aujourd’hui Instagram peut être considéré comme un projet 365, et là j’avoue que c’est beaucoup plus simple à faire! (rires)

15.Est-ce que tu peux choisir une photo de ton portfolio qui représente le mieux ton travail et nous expliquer la réalisation du shooting et ta démarche artistique ?

Une fois le ou la modèle choisi, je réalise un moodboard que je partage avec ce dernier. A partir de là, on fixe les poses, le maquillage, le stylisme et le lieu. Je garde ce moodboard avec moi pendant le shoot, surtout si le ou la modèle est débutant(e). Le plus souvent mes photos sont prises au feeling, j’ai une idée de ce que je veux comme résultat mais je m’accommode et j’essaie de maitriser le lieu sur lequel je shoote.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique-2013

16.Quels sont tes rapports avec les modèles et comment se déroulent tes séances ?

Hormis une mauvaise expérience au début, j’ai eu la chance de travailler avec des modèles géniaux. Généralement, je garde contact avec eux sur Facebook pour ceux et celles que j’ai pu rencontrer sur mes shoots. Il m’arrive de travailler plusieurs fois avec les mêmes car une vraie affinité s’est créée et je dirais même une amitié.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique-2013

« Selon moi, une photo est le fruit autant du photographe que du modèle.

C’est indissociable…. »

17.Sur quels critères te bases-tu pour choisir tes modèles ?

Quand je démarche un modèle, c’est qu’il ou elle a ce truc que je veux absolument capturer. J’ai travaillé avec des personnes très ouvertes et motivées, tout autant passionnées par la photographie et la mode.

18.En regardant tes photos, je trouve que tu arrives à donner une certaine classe aux femmes que tu photographies, elles ont un regard, une prestance, comment arrives-tu à ce résultat ?

Tout se passe dans les premiers instants du shoot. Un lien se crée entre le modèle et moi. Je fais plusieurs clichés de la même pose, et il y’en a un, qui, en une fraction de seconde aura cette petite étincelle qui donnera vie à une belle photo.

19.Selon toi qu’est-ce-qui prévaut, celui qui prend la photo ou celui qui se donne à voir ?

Selon moi, une photo est le fruit autant du photographe que du modèle. C’est indissociable. Le modèle est en quelque sorte de la « matière brute » qui est ensuite sublimée par le travail du photographe.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique-2013

« Un(e) modèle ce n’est pas qu’un corps qui pose et qu’on expose.

Il y a toute une sensibilité à retransmettre… »

20.D’après toi, qu’est-ce qui différencie les femmes photographes des photographes masculins au niveau du shoot et du ressenti ?

Les femmes photographes, ont, je pense une approche différente du modèle. Je shoote essentiellement des femmes, en étant une moi-même, je connais d’avance nos attentes. Sur ce plan je suis très perfectionniste, notre image c’est sacré ! Un(e) modèle ce n’est pas qu’un corps qui pose et qu’on expose. Il y a toute une sensibilité à retransmettre, il faut savoir montrer ce que le modèle a voulu laisser percevoir de son vécu et de sa personne à cet instant.

21.Beaucoup de gens se plaignent de voir des femmes nues être utilisées dans la publicité pour vendre un produit. En tant que photographe, quel regard portes-tu sur l’exploitation de la femme dans le milieu de la pub et de la photographie ?

Tout dépend du produit qui est associé à la femme. Un corps à demi dénudé pour vendre un parfum de luxe sera toujours très beau, et bien perçu par les femmes, car on révèle leur beauté et on la respecte. Si le produit offre une image dégradante, alors oui, on réfléchit sur son intérêt et on se demande quel directeur artistique ou quelle agence a pu permettre cette publication. Tout est une question de but. Pourquoi je vais utiliser une femme pour mettre en avant ce produit, à quelles fins ? Vendre un produit certes, mais tant qu’il y a une conscience morale et un respect de l’être humain oui.

22.Quels sont tes projets à court terme et à long terme ?

Réussir à devenir une photographe professionnelle afin de pouvoir investir dans un bon réflex pro ! Mais surtout me consacrer à ma carrière en tant que directrice artistique.

photographie-de-kimyalvarez-pour-illustrer-interview-par-tonyderapologique-2013

« J’ai été très surprise et flattée par cette démarche.

C’est si rare que l’on donne la parole aux artistes locaux… »

23.Comment te contacter si un professionnel ou un(e) modèle veut travailler avec toi ?

On peut me contacter via ma page Facebook, mon site ou par mail.

24.Pour conclure, que penses-tu de la démarche de Rapologique de donner la parole aux artistes de la Réunion qui sont le moins plébiscité par le public ?

J’ai été très surprise et flattée par cette démarche. C’est si rare que l’on donne la parole aux artistes locaux, et comme tu le dis si bien, à ceux qui sont le moins connu et plébiscité par le public. Heureuse de t’avoir accordé ma toute première interview !

Propos recueillis par Tony de Rapologique

Notes :

1- L’Institut de l’image de l’océan indien ou ILOI est une école en formation professionnelle et continue de La Réunion. Elle est spécialisée dans l’infographie, l’animation 2D/3D, la post-production, la création Web et multimédia, l’audiovisuel et le cinéma.

2- Vous pouvez découvrir les photos réalisées pour la collaboration entre la photographe et  la marque Pardon pour la rubrique P!Girl : Pardon!Girl Amandine.

Publicités

1 réponse »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s